« L'assurance d'un certain minimum de ressources pour chaque individu, ou une sorte de niveau de base au-dessous duquel personne ne risque de tomber même s'il est incapable de pourvoir à sa subsistance, voilà qui peut être considéré non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais encore comme un élément nécessaire de la Grande Société où l'individu n'a plus désormais de créance morale sur les membres du petit groupe particulier dans lequel il est né. Ce nouveau système, dans lequel les individus sont incités en grand nombre à abandonner la relative sécurité que donnait l'appartenance à un groupe restreint, risque d'engendrer rapidement un grand mécontentement et des réactions violentes lorsque ceux qui, d'abord, ont joui de ses avantages se trouvent, sans faute de leur part, privés à la fois de leur gagne-pain et de tout secours de familiers.
(...)
Toutefois, il faut bien voir que reconnaître à tout citoyen ou habitant d'un pays le droit à un certain niveau de vie minimum en fonction de l'aisance générale de ce pays revient à reconnaître une sorte de propriété collective des ressources du pays, ce qui n'est pas compatible avec l'idée d'une société ouverte et soulève de sérieux problèmes. Il est évident que, pour longtemps encore, il sera totalement impossible d'assurer un niveau minimum uniforme de ressources à tout homme en tout lieu; et en tout cas, que les pays les plus riches ne se contenteront pas d'assurer à leurs citoyens un niveau non supérieur à ce qui pourrait être garanti à tous. Or réserver aux citoyens d'un certain pays les dispositions leur assurant un niveau plus élevé qu'au reste du monde c'est en faire un privilège et implique certaines limitations au libre mouvement des hommes à travers les frontières.
Il existe, bien entendu, d'autres raisons qui font apparaître de telles restrictions comme inévitables, aussi longtemps que certaines caractéristiques nationales ou traditions ethniques (spécialement les différences dans le taux de natalité) subsistent - et, à leur tour, elles n'ont guère de chances de disparaître tant que les restrictions aux migrations sont maintenues. Nous devons constater le fait : nous rencontrons ici une limite à l'application universelle des principes politiques libéraux, que les réalités du monde présent rendent inévitable. De telles limites ne constituent pas une faille fatale dans le raisonnement, car elles impliquent seulement que, comme pour la tolérance en particulier, les principes libéraux ne peuvent être constamment observés qu'à l'égard des gens qui eux-mêmes obéissent à ces principes, mais ne peuvent pas toujours être appliqués à ceux qui ne les observent pas. Il en est de même pour certaines principes moraux. De telles exceptions à la règle générale, étant nécessaires, ne peuvent par contre justifier des exceptions similaires à l'intérieur de la sphère où il est possible au gouvernement de suivre systématiquement les principes libéraux. » (F.A. Hayek, Droit, législation et liberté, troisième partie, chapitre XIV)

"Or réserver aux citoyens d'un certain pays les dispositions leur assurant un niveau plus élevé qu'au reste du monde c'est en faire un privilège et implique certaines limitations au libre mouvement des hommes à travers les frontières."
RépondreSupprimerOui, et alors ?... L'uniformité planétaire est un mythe, pour quelques millénaires encore. De ce fait, les libres migrations ne sont plausibles (et souhaitables) qu'entre pays de niveaux comparables et de cultures très voisines. Ce qui fait tomber l'objection. Faut-il sacrifier les bienfaits d'une politique réellement libérale dans un pays donné (i.e. le nôtre) à cause d'un idéal universaliste illusoire ?
Salut Maxime,
RépondreSupprimerexcellent passage. Hayek est toujours passionnant à lire, tant sa pensée est rigoureuse, complexe et si orientée vers l'expression de la vérité.
je n'en suis pas encore là dans le bouquin (je termine la partie 2)...ne me racontes pas la fin ! :)
D'accord Lomig, je ne te dirai pas ce que tu trouveras page 870, 3ème ligne en partant du bas :-)
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