Dans l'article d'Andreï Fediachine publié sur le site de l'agence RIA Novosti le 25 février dernier, un paragraphe retient mon attention :
Je m'explique : l'assassinat d'un cadre du Hamas par le Mossad est un fait divers, comme l'aurait été l'assassinat d'un cadre du Mossad par le Hamas. Les Palestiniens et les Arabes qui saisissent aujourd'hui l'occasion d'afficher leur soutien à la cause palestinienne savent pertinemment qu'il s'agit d'une guerre. Il faut être naïf ou hypocrite pour imputer au Mossad, même à demi-mot, l'ensauvagement du Moyen-Orient et l'insolence des mollahs. Les activistes palestiniens ne reprochent pas à Israël ses méthodes mais son existence en tant qu'État. Il est dès lors excessif et ridicule de reprocher à Liebermann et Netanyahou d'aggraver la situation. Ce n'est tout simplement pas en leur pouvoir.
Les journalistes savent lire et écrire. Ils ont fait des études. Ils savent quel rôle joue la violence dans les relations internationales. Et ils savent pertinemment que cette petite farce du Mossad n'aura, en soi, aucune incidence sur le dossier nucléaire iranien, ni même d'ailleurs sur les relations israélo-palestiniennes.
Ceux qu'Andreï Fediachine appelle "les Arabes" connaissent bien "le juif" et savent de quoi il est capable. Ils n'ont à vrai dire aucune raison particulière de se braquer aujourd'hui plus qu'hier. A moins que les médias ne les persuadent du contraire. Car le commentaire pur n'existe pas. Un fait divers peut très bien devenir un défi au gouvernement si l'élite politico-médiatique en décide ainsi. Et les décideurs n'ont alors d'autre option que de s'incliner devant les exigences nées de cette interprétation.
Est-ce à dire que les journalistes sont responsables de tout ce qui ne tourne pas rond dans le monde ? Évidemment non. S'il est injuste d'imputer au gouvernement Netanyahou la violence des groupes terroristes, cela ne l'est pas moins de rejeter la faute sur les médias. Mais à l'évidence il y a entre la simple information et la prophétie autoréalisatrice une limite que les Fediachine franchissent allègrement.
« Les diplomates travaillant sur le dossier du règlement du conflit proche-oriental, sur celui du nucléaire iranien, de l’Afghanistan, de l’Irak, estiment qu’il était difficile de trouver pire moment que maintenant pour cette opération d’élimination physique. Le gouvernement israélien actuel, celui de Benjamin Netanyahou, est le plus à droite possible. Il était déjà assez difficile de pousser les Arabes vers un compromis, que se soit pour le Proche-Orient ou pour les sanctions contre Téhéran qui affiche ses ambitions nucléaires, désormais ce sera encore plus difficile. » (Jusqu'où ira la guerre du Mossad ?)Ces observations apparemment frappées au coin du bon sens sont en fait révélatrices du rôle joué par les commentateurs eux-mêmes dans les faits qu'ils relatent.
Je m'explique : l'assassinat d'un cadre du Hamas par le Mossad est un fait divers, comme l'aurait été l'assassinat d'un cadre du Mossad par le Hamas. Les Palestiniens et les Arabes qui saisissent aujourd'hui l'occasion d'afficher leur soutien à la cause palestinienne savent pertinemment qu'il s'agit d'une guerre. Il faut être naïf ou hypocrite pour imputer au Mossad, même à demi-mot, l'ensauvagement du Moyen-Orient et l'insolence des mollahs. Les activistes palestiniens ne reprochent pas à Israël ses méthodes mais son existence en tant qu'État. Il est dès lors excessif et ridicule de reprocher à Liebermann et Netanyahou d'aggraver la situation. Ce n'est tout simplement pas en leur pouvoir.
Les journalistes savent lire et écrire. Ils ont fait des études. Ils savent quel rôle joue la violence dans les relations internationales. Et ils savent pertinemment que cette petite farce du Mossad n'aura, en soi, aucune incidence sur le dossier nucléaire iranien, ni même d'ailleurs sur les relations israélo-palestiniennes.Ceux qu'Andreï Fediachine appelle "les Arabes" connaissent bien "le juif" et savent de quoi il est capable. Ils n'ont à vrai dire aucune raison particulière de se braquer aujourd'hui plus qu'hier. A moins que les médias ne les persuadent du contraire. Car le commentaire pur n'existe pas. Un fait divers peut très bien devenir un défi au gouvernement si l'élite politico-médiatique en décide ainsi. Et les décideurs n'ont alors d'autre option que de s'incliner devant les exigences nées de cette interprétation.
Est-ce à dire que les journalistes sont responsables de tout ce qui ne tourne pas rond dans le monde ? Évidemment non. S'il est injuste d'imputer au gouvernement Netanyahou la violence des groupes terroristes, cela ne l'est pas moins de rejeter la faute sur les médias. Mais à l'évidence il y a entre la simple information et la prophétie autoréalisatrice une limite que les Fediachine franchissent allègrement.

« [Les journalistes] savent quel rôle joue la violence dans les relations internationales. »
RépondreSupprimerDisons plutôt qu'ils font tout pour se le celer.
A cet article de monsieur Fediachine je suis tenté de répondre : "Mince alors, on était à deux doigts d'en finir avec le chaos moyen-oriental !"
RépondreSupprimerExcellent. J'adore la manière dont ce monsieur écrit "les Arabes" comme s'il parlait d'une entité une et indivisible. C'est tellement plus simple.
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